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Syrie/Palmyre

20 minutes

28/03/2016

Billet

Reprise de Palmyre par Bachar al-Assad: Doit-on vraiment se réjouir?

Interview publiée le 28 mars 2016

Le drapeau noir de l’organisation terroriste, Daesh, ne flotte plus au-dessus de Palmyre, la « perle du désert » syrien. La reprise officielle, dimanche 27 mars, de la cité antique par les troupes de Bachar al-Assad, signe-t-elle pour autant l’affaiblissement durable du groupe djihadiste ? Si Moscou, par la voie de Vladimir Poutine, s’est réjoui de la victoire des forces pro-gouvernementales, épaulées par sa propre aviation, les récents revers subits par les terroristes et infligés par le régime syrien, la coalition internationale, les combattants kurdes ou l’armée irakienne, pourraient occulter la manœuvre politique engagée par al-Assad.

Un revers « indéniable »

Sans nier la victoire militaire sur Daesh, Agnès Levallois, spécialiste du monde arabe contemporain et maîtresse de conférences à Sciences Po Paris, nuance : « En mai dernier, les forces gouvernementales avaient quitté la ville avant même l’arrivée de Daesh. Al-Assad voyait ici le moyen d’exploiter politiquement la prise de Palmyre en persuadant la coalition qu’il fallait désormais collaborer avec lui pour lutter contre les terroristes. Cette opération a été menée sciemment et instrumentalisée par le régime qui savait pertinemment que Palmyre était un symbole important pour la communauté internationale ».

Ce revers « indéniable » selon la consultante, s’accompagne également depuis le début de l’année 2016, d’une série de frappes ciblées visant des responsables de l’organisation terroriste. Si la perte de terrain peut avoir des répercussions logistiques importantes pour les djihadistes, la déstabilisation de la hiérarchie avec l’annonce, par le Pentagone, de la mort du n°2 de Daesh, Abdelrahmane al-Qadouli, endigue le sentiment de « toute-puissance » et « d’invulnérabilité », vendu aux aspirants djihadistes venus du monde entier.

Gérer le dossier « politique »

L’image véhiculée par la libération de la cité aux sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, ne doit en aucun cas venir reléguer la question de la transition politique selon Agnès Levallois : « Il ne faut pas se leurrer. Penser qu’il faut à tout prix combattre Daesh sans se pencher sur les problématiques initiales du conflit syrien serait une terrible erreur de la part de la communauté internationale. Il ne faut pas oublier qu’on trouve, aux origines de l’émergence du prétendu Califat dans la région, la violente répression du soulèvement syrien par Bachar al-Assad en 2011. C’est d’ailleurs en appelant les étrangers à venir combattre le régime que Daesh s’est renforcé au début du conflit ».

Un revers « indéniable » Sans nier la victoire militaire sur Daesh, Agnès Levallois, spécialiste du monde arabe contemporain et maîtresse de conférences à Sciences Po Paris, nuance : « En mai dernier, les forces gouvernementales avaient quitté la ville avant même l’arrivée de Daesh. Al-Assad voyait ici le moyen d’exploiter politiquement la prise de Palmyre en persuadant la coalition qu’il fallait désormais collaborer avec lui pour lutter contre les terroristes. Cette opération a été menée sciemment et instrumentalisée par le régime qui savait pertinemment que Palmyre était un symbole important pour la communauté internationale ».

Gérer le dossier « politique »

L’image véhiculée par la libération de la cité aux sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, ne doit en aucun cas venir reléguer la question de la transition politique selon Agnès Levallois : « Il ne faut pas se leurrer. Penser qu’il faut à tout prix combattre Daesh sans se pencher sur les problématiques initiales du conflit syrien serait une terrible erreur de la part de la communauté internationale. Il ne faut pas oublier qu’on trouve, aux origines de l’émergence du prétendu Califat dans la région, la violente répression du soulèvement syrien par Bachar al-Assad en 2011. C’est d’ailleurs en appelant les étrangers à venir combattre le régime que Daesh s’est renforcé au début du conflit ».

Le piège diplomatique, tendu par le dirigeant syrien, embarrasse visiblement l’Elysée ou le Quai d’Orsay qui n’avaient, ce lundi, toujours pas réagi à l’annonce de la reprise de Palmyre.

La question libyenne

Daesh perd du terrain en Irak et en Syrie depuis des mois et les reprises de Kobané, Mossoul, Tikrit, puis finalement Palmyre, doivent s'analyser comme autant d'éléments tangibles du repli de l’organisation djihadiste. Mais ce repli s’accompagne d’un redéploiement important des terroristes en Libye et dans le Sinaï. « Evidemment, on doit se réjouir de voir Daesh défait en Syrie et en Irak, ne serait-ce que pour les populations qui vivaient sous l’autorité des djihadistes et aussi parce que cela affaiblit la rhétorique même d’Al-Baghdadi, martèle Agnès Levallois, mais il y a aussi de quoi s’inquiéter quand on voit comment l’organisation s’implante dans les pays désertés par le pouvoir central ».

Pour la maîtresse de conférences, la question d’un renforcement des opérations terroristes pèse également sur la communauté internationale: « On voit bien que Daesh essaie de compenser son recul en Syrie et en Irak par de nouvelles conquêtes. Renforcer la coopération avec les terroristes déployés en Europe pour commettre de nouveaux attentats peut également faire partie de sa stratégie. Se réjouir pour Palmyre et uniquement se réjouir serait faire preuve d’une vision à court terme ».

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