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L'Obs

13/07/2017

Billet

La mort d’al-Baghdadi affaiblit l’EI mais ne l’anéantit pas

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170712.OBS2025/la-mort-d-al-baghdadi-affaiblit-l-ei-mais-ne-l-aneantit-pas.html

Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l'organisation Etat islamique, serait une nouvelle fois décédé. C’est, cette fois, l'Observatoire syrien des droits de l'homme qui l’a annoncé mardi 11 juillet. Si sa mort est confirmée, elle ne signera pas pour autant la fin de l’EI.

On ne compte plus le nombre de fois où le chef du groupe Etat islamique a été donné pour mort. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a réitéré cette annonce mardi 11 juillet, selon des "hauts responsables" de l’organisation terroriste présents à Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. L’OSDH n’a en revanche pas pu fournir d’informations sur la date, le lieu et les circonstances du décès.

"Une course pour tuer le chef de l’EI"

Le 10 juin dernier, l’armée syrienne le déclarait mort, elle aussi. Une information que le ministère russe de la Défense était chargé de vérifier. Il aurait alors été tué par l’aviation russe le 28 mai au cours de bombardements menés aux alentours de Raqqa, dans le nord de la Syrie. Au total, Abou Bakr al-Baghdadi aurait été ainsi tué une douzaine de fois, si on en croit les multiples annonces des forces engagées dans la lutte contre l’EI.
Adam Baczko, chercheur à l’école des hautes études en sciences sociales et spécialiste de la Syrie, observe : "On assiste à une véritable course pour tuer le chef de l’Etat islamique entre la Syrie et son allié russe, les Américains et la coalition internationale. Tous veulent s’attribuer le mérite d’avoir décapité la tête de l’organisation terroriste."

Un coup supplémentaire

L’Etat islamique n’a en tout cas jamais fait d’annonce officielle pour infirmer ou confirmer la mort de son chef. "La propagande de l’EI est basée sur ce leader charismatique. Si al-Baghdadi est vraiment mort, on pourrait s’attendre à le voir ériger en martyr. Ce n’est pourtant pas le cas", relève Adam Baczko.

Ces derniers mois, l’organisation a essuyé de nombreux revers sur le terrain et a vu son territoire se réduire drastiquement. La ville de Mossoul, symbole de la proclamation du califat par al-Baghdadi à l’été 2014, leur a été reprise dimanche 9 juillet.

Agnès Levallois, consultante spécialiste du Moyen-Orient, explique : "Ils ne sont pas en position de force en ce moment et ne recrutent plus autant qu’avant. Si elle est avérée, la mort d’al-Baghdadi pourrait porter un coup supplémentaire au moral des combattants, d’où leur silence."
"D’autant plus que la perte de Raqqa n’est qu’une question de temps", précise-t-elle.

Calife à la place du calife ?

Si le calife n’est plus, il lui faudrait logiquement un remplaçant. Reuters a déjà évoqué deux noms : celui de lyad al-Obaïdi, "ministre" de la Guerre et celui d’Ayad al Djoumaïli, à la tête de l’Amniya, les "services de sécurité" de Daech. Il s'agit de deux anciens officiers de Saddam Hussein. Présenté comme le numéro deux de l’EI, Ayad al Djoumaïli aurait pourtant été tué par une frappe aérienne, selon la télévision publique irakienne. Et faute de légitimité religieuse, aucun des deux ne peut prétendre au titre de calife, ou commandeur des croyants.
"Il n’est pas impossible qu’al-Baghdadi ait aussi planifié sa succession", explique Thomas Pierret, spécialiste de l’Etat islamique. "Le groupe pourrait sinon prendre quelqu’un de moins important dans la hiérarchie, qui corresponde aux critères pour devenir calife, pour reprendre le symbole fort d’al-Baghdadi", ajoute-t-il.

L’échec du califat

Difficile en revanche d’imaginer un calife sans califat, condition première à sa nomination. Or "le califat est un véritable échec", affirme Agnès Levallois. Le territoire de l’Etat islamique n’est plus que l’ombre de lui-même. Il serait donc probable que le titre de calife meurt avec al-Baghdadi et que son successeur devienne "émir". "L’idéal du califat n’a pas fonctionné et l’organisation va devoir se reformer autour d’un nouveau projet", analyse Agnès Levallois. Elle n’écarte d’ailleurs pas le risque de conflits internes, entre les anciens de l’idéologie d’Al-Qaïda et les fervents défenseurs de l’idéologie de l’EI :
"Il risque d’y avoir des querelles fratricides, à la suite desquelles le mouvement pourrait se diviser et renaître sous un nouveau nom, une nouvelle forme."

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La mort d’al-Baghdadi ne signe donc en aucune façon la fin de l’Etat islamique. Thomas Pierret en est d’ailleurs certain : "L’organisation est conçue de manière à pouvoir survivre à ses leaders tant le taux de pertes dans la hiérarchie est élevé. Il ne faut surtout pas s’attendre à ce que l’EI s’écroule comme un château de cartes si on tue son calife".

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